The Technomancer

par Dagon


Développé par le studio français de Spiders, le RPG d’anticipation Mars War Logs avait laissé un souvenir globalement plaisant, avec un monde original, qui semblait tout droit sorti de bons livres ou de films de science-fiction. Certes, le développement du jeu n’avait pas bénéficié de moyens extraordinaires, mais le monde créé à l’occasion de ce titre, son style et l’intelligence des thèmes abordés compensait avec intelligence le manque de diversité des décors.
Avec The Technomancer, sorti plus de 3 ans plus tard, on pouvait espérer que le studio allait capitaliser sur leurs acquis et nous offrir un jeu rafraichissant de nouveautés, tout en restant dans le monde qu’ils avaient créé avec talent.


The TechnomancerLe monde proposé ne change pas. L’homme a colonisé la planète rouge, mais la vie sur la planète est devenue un enfer, entre les rayonnements solaires devenus sources de mort ou de mutation, et le manque d’eau ayant déclenché une guerre incessante entre deux factions.

The Technomancer ne prend pas directement la suite du premier opus, mais est plus une histoire parallèle où le joueur incarne l’un de ces soldats technomanciens, corps d’élite d’un ordre s’apparentant parfois à une secte, où les sujets apprennent à utiliser l’électricité de leur cerveau combiné à certaines améliorations physiques par le biais de la technologie afin d’obtenir certains pouvoirs télékinétiques. A cela se mêlera des trames politiques entre l’Ordre, la police, les politiciens et la population, bref, un véritable terreau propice à de grandes aventures, bien loin des poncifs de la fantasy, et mis à profit avec intelligence par le studio de développement.

The TechnomancerAu niveau de la gestion du personnage et de l’aventure, le studio a privilégié une trame linéaire, dans laquelle il s’agit de vivre une histoire plus que d’explorer librement un monde. Le joueur va créer son personnage, avec quatre attributs, et des compétences, menant globalement à faire évoluer son avatar dans un gameplay plus orienté technomancie (« magie »), combat rapide et furtif, offensif ou défensif. Si le choix se fait au fur et à mesure de la progression par les points d’expérience, on constate très vite qu’un personnage n’est viable que si le joueur se focalise rapidement sur l’un des quatre arbres de compétence, quitte à se faire assister par l’un de vos compagnons aux talents complémentaires. A noter que ces compagnons réagiront en fonction des choix effectués, qu’ils approuveront ou non, et qu’ils auront leur propres objectifs ou quêtes liées.

The TechnomancerL’accès aux différentes zones du jeu se fera en fonction de l’avancée des chapitres de l’histoire, mais chaque zone reste explorable plus ou moins librement. On appréciera particulièrement les quêtes pas trop basiques, bien intégrées au scénario, et impliquant des options de dialogues, mais le tout est malheureusement complètement gâché par les choix effectués sur le gameplay global et le système de combat.

The Technomancer a été annoncé par le studio comme étant un véritable jeu de rôle, et tout était en place pour en faire un titre d’exception, mais si les ingrédients étaient là, la mayonnaise ne prends pas, l’aspect jeu de rôle étant complètement dilué par les combats incessants, jusqu’à s’effacer.

The TechnomancerDes combats, parlons-en, il y en a… Beaucoup ! Toute quête implique la plupart du temps d’aller dans une zone, de « nettoyer » le chemin faisant de tous les brigands et autres adversaires, afin d’obtenir quelques lignes de dialogues à l’autre bout de la carte, puis de retraverser dans l’autre sens la carte, de se retaper les combats puisque les ennemis sont revenus, voire de repasser dans l’autre sens pour la quête suivante et de se retaper les mêmes ennemis… encore, encore, …et encore. C’est fait sans originalité, avec des temps de chargements certains entre les zones, bref, entre les quêtes et les dialogues pourtant intéressantes, au fil des aller-retours on s’ennuie copieusement, n’étant interrompu que par d’incessants combats.
Le tout serait tout à fait acceptable et on pourrait digérer le trop grand nombre de combats répétitifs s’ils étaient intéressants.

The TechnomancerSi vous cherchez quelque chose de tactique ou offrant une vraie diversité de techniques et de méthode de vaincre, fuyez, pauvre fous ! En théorie, entre les pouvoirs de technomanciens, les trois styles de combats, la furtivité, la diversité des armes de contact, de jet, on pouvait s’attendre à quelque chose d’assez fouillé et intéressant. Pourtant, force est rapidement de constater qu’il n’existe qu’une technique d’élite vraiment efficace : la roulade.

Voyez le tableau : le joueur incarne un Technomancien, corps d’élite armé qui maîtrise des pouvoirs psychokinétiques extraordinaires, le maniement d’un tas d’armes aussi exotiques que dévastatrices, mais dont la technique la plus efficace est de rouler dans tous les sens pour donner un coup de matraque ou de choc électrique à l’ennemi entre 2 roulades.

The TechnomancerOuéééééé……et on recommence encore et encore, …et encore (ben oui, n’oubliez pas que les adversaires reviennent), avec une illusion de choix d’évolution du personnage pour en arriver globalement toujours à la même technique. On espérait que la possibilité d’utiliser la furtivité allait améliorer le tout, mais cette option ne fait que retarder l’entrée en mode combat de certains ennemis. Seule variation, les combats de boss pourtant peu inspirés, mettant en scène de grosses bébêtes ou de formidables adversaires avec quelques failles ) trouver, le tout avec une difficulté certaine, obligeant à refaire ad nauseum quelques-unes de ces trop nombreuses phases d’action.

Bref, vous l’aurez compris, The Technomancer aura été pour moi une énorme source de frustration, voire d’énervement. Entendons-nous bien, ce titre ne souffre pas d’un manque de moyen, et ce n’est absolument pas ce qui l’empêche de rivaliser avec des titres AAA, mais plus un manque de vision globale et de cohérence du titre.

The TechnomancerLe jour ou certains studios comprendront qu’il n’y a rien de plus difficile que de marier et d’équilibrer un système de RPG avec un système de jeu d’action, on aura fait un grand pas. Si The Technomancer avait fait le choix d’un système de combat mettant en avant les statistiques du personnage et non les seuls réflexes du joueur, on aurait pu se trouver en présence d’un jeu de rôle véritablement prenant. Imaginez des combats à la Knight of the Old Republic dans l’univers de The Technomancer et imaginez le potentiel tactique des combats, vous comprendrez ma frustration.

Au lieu de cela, on se retrouve avec un jeu bancal qui ne satisfera pas l’adepte du RPG, mais qui ne parviendra pas non plus à satisfaire l’adepte du jeu d’action, ayant d’autres titres aux combats plus dynamiques qui ne s’embarrassent pas de cet aspect RPG trop encombrant. Très rares sont les studios qui ont réussi à mélanger ces deux styles (CDProjekt), et le résultat n’a pas toujours été à la hauteur des espérances, et le studio s’y est parfois repris à plusieurs fois pour être satisfait du résultat (patch 1.3 et 2.0 de The Witcher 2).


Quel gâchis, le potentiel était énorme, d’autant plus que le jeu gère intelligemment l’artisanat, et qu’il possède une direction artistique très inspirée, donnant vraiment une identité au monde dévasté de la planète Mars. Le studio Spiders avait réalisé un jeu fort sympathique avec Of Orcs & Men, puis quelque part s’était perdu avec Bound by Flames, et se fourvoie encore plus en affirmant le côté action de The Technomancer.
Enfin bref, si vous êtes un virtuose du joypad ou du clavier-souris et que des combats difficiles, peu inspirés et répétitifs ne vous rebutent pas, The Technomancer mérite le détours du fait de sa direction artistique, de son histoire et de son scénario. Pour les autres, cela dépendra des personnes. Certains y trouveront sans doutes leur compte. Me concernant, fait rarissime, j’ai eu du mal au point de ne pas réussir à m’astreindre à finir le jeu.


Graphismes & sons : 4/5
Une magnifique direction artistique, un environnement musical sympathique, si le moteur graphique n’est pas le summum de ce qui existe aujourd’hui, l’ambiance est vraiment réussie et certains décors sont somptueux.
Interface de combat : 1/5
Action : roulade, roulade, taper, roulade roulade, taper, roulade, choc électrique, roulade, roulade, taper… Où est le côté RPG ? où est le côté tactique ? Les options présentes ne sont que de la poudre aux yeux.
Scénario : 4/5
Un monde passionnant en toile de fond, des quêtes et des dialogues intéressants. C’est original, intéressant et ça mérite le détour.
Jouabilité (fun) : 2/5
Un titre à réserver aux fans de jeu d’arcade ou à ceux qui réussiront à passer outre les combats pour profiter de l’histoire. Ce que je n’ai pas réussi à faire.