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Legend of Grimrock

Date de publication : 20 avril 2012

Dungeon Master, que de souvenirs ! Le premier jeu de rôle en vue subjective mettant en oeuvre une gestion de la physique, avec des énigmes à la base de plaque à pression, des déplacements réalistes et surtout des monstres errants qui ne surgissaient pas du vide pour combattre, mais qui se baladaient dans le donjon. Une grande première. C’est aussi pour moi le souvenir d’une boite de jeu prêtée que j’ai mis 2 ans à récupérer dans un état tel qu’on aurait dit qu’elle avait été mâchée puis recrachée…

Enfin bref, Almost Humans, est parti d’un constat très simple. Les années passent, mais des titres tels que Dungeon Master, Eye of the Beholder, Anvil of Dawn, possédaient un style propre, une jouabilité bien particulière qui n’a jamais été reproduite dans des titres plus modernes. Certains rétorqueront qu’il s’agissait de déplacement case par case, que ces jeux offraient cette jouabilité en raison de leurs déplacements case par case et qu’en fait c’était les limitations techniques qui imposaient un jeu entièrement réalisé en intérieur de donjons humides à tendance claustrophique. C’est vrai. Pourtant, quelque part, quelque chose s’est perdu avec la création de mondes ouverts, avec des centaines de kilomètres carrés en 3D. Legend of Grimrock nous en fait la démonstration flagrante. Avec un moteur remis au goût du jour, il reproduit pourtant avec exactitude la jouabilité des jeux d’antan, avec pourtant quelques améliorations notables outre l’aspect graphique et sonore : une cartographie (optionnelle) automatique. Pour ceux qui n’ont pas connu ce genre de jeux datant tout de même de plus de 20 ans, il s’agit de l’exploration en vue subjective et en case par case d’un donjon par un petit groupe de quatre aventuriers. Les combats s’effectuent de manière très simple en temps réel, par le clic du bouton droit de la souris sur l’arme d’un des aventuriers, ou sur le sort du mage. De même, les armes, armures et autres objets traînant sur le sol pourront être ramassés, équipés, lancés, posés sur des plaques à pression, …

Le concept et le scénario est simple : les quatre aventuriers ont été jetés dans une fosse du Mont Grimrock, et s’ils réussissent à sortir en traversant les 13 niveaux bardés de pièges, de monstres et d’énigmes diverses, ils seront libres, ce que personne n’a jamais encore réussi. Si, tel Dungeon Master ces quatre aventuriers sont prédéfinis, vous avez également l’option de créer vos propres personnages parmi les quatre races proposées (humain, minotaure, reptile ou insectoïde) et les trois professions (guerrier, mage, voleur). Outre les 6 compétences par classes et les caractéristiques (force, dextérité, vitalité), il y aura aussi la possibilité de choisir certains traits spécifiques. Bref, une création assez complète, même si au final, le groupe proposé par défauts sera assez adapté aux différents cas de figure, puisqu’assez équilibré et versatile. On notera que certaines compositions malheureuses de groupes seraient susceptibles de rendre le jeu quasi-impossible (il a été cité sur un forum le cas d’un groupe de 4 minotaures bourrins qui ont dévoré l’ensemble des ressources de nourriture du donjon avant de pouvoir en atteindre le fond).

Dès les premiers pas, l’immersion est immédiate. Le jeu est vraiment beau, les effets de lumières sont magnifiques et l’ambiance y est, même si les décors sont assez répétitifs (il n’y a visuellement que 3 versions du labyrinthe, différentes selon les étages). Les murs sont humides, les torches envoient des reflets sinistres sur les ouvertures, dessinent parfois les ombres des monstres errants. Les bruitages seront eux aussi très adaptés et sinistres feront partie intégrante du gameplay, puisqu’ils vous aideront à repérer les créatures, les ouvertures de herses distantes, et vous donneront des indices des conséquences de la manipulation d’un levier ou d’un bouton dissimulé sur un mur. La progression, en case par case, permettra pourtant de regarder autour de soi avec la souris, et se fera avant tout de manière prudente dans cet environnement hostile. Legend of Grimrock est l’un de ces rares jeux où le joueur après nombre d’heures d’exploration à la recherche de la moindre porte secrète et à l’affut des bruits ambiants va sursauter au détours d’un couloir, face à  une attaque brusque d’une créature tapie dans l’ombre.

Comme dit plus haut, les combats seront simples, un clic droit sur une arme, le coup sera porté. Rien de bien tactique, il faut l’avouer, la plupart du temps il suffit de trouver un emplacement 2×2 cases et de tourner en rond pour tuer le monstre sans se prendre de dégâts. Parfois la configuration des lieux, les attaques ou résistances particulières des monstres rendra le challenge un peu plus cérébral. La magie, quant à elle, se gèrera par un système de combinaisons de 9 runes, dont l’activation donnera des effets différents dans les quatre écoles de magies disponibles (air, terre, feu et glace). Le joueur trouvera les parchemins expliquant quelles runes utiliser, mais il pourra aussi essayer de découvrir les combinaisons par lui même, tout comme Dungeon Master en son temps. Les effets seront assez classiques, telle que la boule de feu, le projectile de glace, d’électricité ou encore le poison. Afin de lancer un sort, le mage aura besoin du nombre de points dans la compétence de l’école de magie en question, tout comme la mana suffisante. Il n’y a pas d’artisanat dans Grimrock, à l’exception de la création de potions. Pour cela, rien de plus simple, dès qu’on a trouvé le mortier, il faut une fiole vide, et y mélanger les ingrédients trouvés pour divers effets (vie, mana, vitesse, …). En résumé on note que le jeu est bien pensé, en reprenant simplement sans toucher ceux qui fonctionnait bien dans les jeux précédents.

Pour autant, ceux qui croiraient que ce jeu est une promenade de santé se trompent lourdement. Grimrock est dur, voire très dur par moment. Ici pas de petite aide qui va vous tenir par la main afin de survivre au challenge. Inutile de croire vaincre les divers monstres extrêmement résistants peuplant le labyrinthe en leur faisant face bêtement et en tapant dessus. Il faut se déplacer constamment pour éviter les coups, utiliser l’environnement à votre portée pour vous cacher, utiliser les pièges jonchant les couloirs à votre avantage. Une fois le combat terminé, trouver un endroit calme pour dormir et récupérer de vie et de la mana aura son double tranchant, la nourriture. Celle-ci est relativement rare, et le dormeur impénitent se trouvera rapidement à cours, surtout au vu de la fringale de votre puissant minotaure. Hors les combats, assez relevés, ce seront aussi les énigmes qui mettront vos neurones à l’épreuve. Nombre de passages secrets sont disséminés dans les niveaux, et ceux-ci, généralement pourvus en équipement en feront des passages incontournables pour votre survie. Entre les téléporteurs, les plaques à pression, les trappes dans lesquelles il faudra avoir parfois la présence d’esprit de sauter pour vérifier ce qu’il y a au fond, et enfin les boutons dans les murs, il y aura fort à faire pour ne rien manquer. On relève vraiment l’excellence du level-design, qui, s’il n’atteint pas le niveau d’un Portal 2, reste largement au-dessus de ce qui nous est généralement proposé dans les jeux de rôles.

Quelque part, la clef de la victoire dans Legend of Grimrock est de prendre son temps. Il faut explorer avec soin l’environnement, préparer ses combats et son exploration avec minutie, mélanger les bonnes potions et entamer les combats de manière intelligente et ingénieuse, tout le contraire de nombre de jeux actuels du marché, que l’on finit quelque part le plus rapidement possible. Si le challenge est certes relevé, il est loin d’être impossible et la satisfaction n’en sera encore que plus grande.

Quelque part, Almost Human a pris le marché actuel totalement à contre pied, avec un jeu ne nécessitant que peu de moyens, mais extrêmement dense, soigné et intéressant. Ici il ne faut pas espérer parcourir des kilomètres de décors variés afin de découvrir la prochaine cinématique au budget pharaonique. Pas de dialogues à embranchements multiples. Simplement la satisfaction de jouer à un jeu passionnant à la progression constante, dans une ambiance bien rendue, avec une difficulté bien dosée. Certains reprocheront le manque d’innovation de ce titre reprenant à son compte des formules éprouvées, qu’on croyait tombées en désuétude. D’autres reprocheront l’interface ne vous facilitant pas spécialement la vie, avec l’absence de touche pour permuter d’arme avec l’inventaire, ou encore l’impossibilité pour le mage de présélectionner définitivement les sorts à lancer à la chaîne, c’est vrai, mais Almost Humans ne s’est jamais caché vouloir reproduire un gameplay auquel on n’a plus accès aujourd’hui. Quoiqu’il en soit, c’est réussi. Jamais un hommage à un vieux titre n’a jamais été aussi vibrant de qualité et se permet même de surpasser son prédécesseur sur bien des points.

D’une durée plus qu’honorable avec ses 13 niveaux de donjon à explorer et vendu en dématérialisé à un prix modique de 12 €, Legend of Grimrock est un incontournable pour tout rôliste qui se respecte, d’autant plus qu’un éditeur de niveau sera prochainement disponible et que les joueurs pourront éditer et distribuer leurs propres modules.

Graphismes & sons : 4/5

Interface de combat : 2/5

Scénario : 3/5

Jouabilité (fun) : 5/5

Legend of Grimrock / Almost Humans / 2012

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