Fallout New Vegas

La série Fallout a subit bien des avatars. De jeu de rôle offrant une liberté sans précédent en vue isométrique avec des combats en tour par tour dans les deux premiers opus, elle est passée  par la case jeu de stratégie tactique avec Fallout Tactics, puis par la case jeu console considéré comme unanimement pourri, dont on taira le nom par pudeur.

Avec le rachat de la licence par Bethesda et la sortie de Fallout 3, les fans du premier jour ont pu parcourir à nouveau ce monde post-apocalyptique qui leur était cher et qui faisait un peu le succès de la licence. Si les efforts de Bethesda étaient louables et le jeu apprécié par la plupart, on avait quelque part perdu en route un peu l’esprit des premiers, par un monde un peu trop sage. Il n’était plus vraiment question de totale liberté, de se ranger auprès de telle ou telle faction du jeu, juste de suivre un scénario, au demeurant intéressant, mais n’offrant plus la possibilité d’osciller entre l’ange et le pourri et de changer fondamentalement le monde par ses actes.

Fallout New Vegas a été développé par Obsidian, fondé par Chris Avellone, dont le travail est connu sur Fallout 2, et dont l’objectif était d’utiliser le moteur de Fallout 3 pour créer un jeu se rapprochant bien plus des deux premiers opus, que tout ce qui a été fait jusqu’alors.

Si l’aspect visuel reste similaire, avec son moteur graphique maintenant bien dépassé et sa modélisation de personnages avec un balais dans le fondement, la jouabilité s’éloigne maintenant bien d’Oblivion. A l’époque, Fallout 3 avait été qualifié par certains d’Oblivion with guns, mais cet aspect est enfin totalement effacé, et on se retrouve avec un jeu avec son caractère propre, digne héritier de la série.

Fallout New Vegas est tout d’abord différent dans sa philosophie, mais il s’adresse aussi différemment au public. Autant Fallout 3 essayait d’amener de nouveaux joueurs sur la licence, autant Fallout New Vegas reste orienté puriste. On note tout d’abord le retour des traits optionnels, caractéristiques apportant certains avantages à votre personnage, parallèlement à certains inconvénients. A coté de cela un mode « hardcore » se superpose à la sélection de la difficulté du jeu. Ce mode hardcore, que je recommande, vous fera gérer vos provisions d’eau, de nourriture, la fatigue dans le jeu, le poids des munitions ainsi que des stimpacks régénérant votre vitalité de manière progressive et non instantanée. Enfin, le jeu note le retour des factions, ou plutôt le retour de plusieurs factions, sous-factions, qu’il vous faudra gérer en fonction de votre réputation après de chacune d’entre elle.

Le décors est bien connu des fans du genre. Vous vivez dans un monde post-apocalyptique, après un holocauste nucléaire. Les survivants tentent de de reconstruire sur les ruines de la civilisation, prise entre super-mutants, goules, et divers groupements humains. Ici l’histoire se déroule dans le désert du Mojave, dans la banlieue proche de New Vegas, ville libre où les casinos ont été reconstruits sur les décombres fumants de l’ancien monde, assurant soi-disant une sécurité relative aux truands, putes et junkies au milieu des combats de la Légions de César, des esclavagistes, et de la RNC, sorte de gouvernement fantoche tentant de rétablir l’ordre. A coté de ces deux factions, de nombreux de groupements humains ou non humains tentent de survivre, essayant pour la plupart de profiter du chaos pour en tirer quelques avantages.

Votre personnage, un coursier, se prendra une balle dans la tête dès le début du jeu, et survivant miraculeusement cherchera à savoir la raison de cette tentative d’assassinat, pour finalement prendre part au conflit visant à prendre le contrôle du barrage Hoover, principale source d’énergie électrique de New Vegas.

Ici, pas de scénario tortueux et de chemin balisé. Le scénario principal est diaphane, et la trame scénaristique est presque inexistante. Le jeu se décompose en deux étapes. D’abord, il s’agira d’aller à New Vegas pour enquêter sur votre assassinat, puis, arrivé à Vegas, le scénario, relativement linéaire au départ s’arrête. Vous aurez les cartes en main, et ce sera à vous de décider quoi faire. Allez-vous vous venger de votre assassin, vous ranger auprès de la RNC pour le contrôle de Vegas, aider l’une ou l’autre famille de Vegas, les trahir les uns après les autres pour être celui qui aura le contrôle au final ? Quelque part, l’absence brusque de guide est très déstabilisant, car cette liberté vous est offerte d’un coup, et je me suis retrouvé personnellement à me demander ce qu’on attendait de moi, avec un journal de quêtes presque vide, et des options totalement contradictoires. Je me demandais où cela devait me mener. Au final, il faut s’accrocher à l’objectif final : il va y avoir un combat pour le contrôle du barrage Hoover, à vous de savoir pour qui vous roulez, et quelles méthodes vous allez employer. Le jeu consiste dans sa plus grande partie à explorer le monde, et décider quoi faire avec les multiples factions secondaires afin d’avoir les appuis nécessaires pour le combat final, le niveau et l’équipement adéquat.

L’aspect « bac à sable » de Fallout New Vegas est inédit dans un jeu de rôle solo. Dans la plupart des jeux de rôles de ce type qui m’aient été donnés de tester, cet aspect n’a jamais été aussi développé, au point de laisser presque de côté le scénario principal. Ce choix de design est, à mon sens extrêmement risqué, car le joueur, n’ayant aucune ligne conductrice à se raccrocher, ce sera l’écriture des quêtes secondaires qui feront la qualité du jeu. Fort heureusement, Fallout New Vegas brille tout particulièrement à ce niveau. Les réactions des factions sont dynamiques par rapport à la réputation que vous avez vis à vis d’elles, et celles-ci vous proposeront des quêtes dont l’écriture est tout particulièrement soignées. Certaines d’entre elles sont d’ailleurs d’anthologie. On a rarement vu des quêtes annexes d’une telle richesse, mais quelque part, le côté annexe de celles-ci ne l’est pas vraiment puisqu’en fait, ces périgrinations font partie intégrante de l’histoire que le joueur écrira.

Vous l’aurez compris, Fallout New Vegas n’est pas à mettre entre toutes les mains. Le joueur néophyte, en l’absence de chemin balisé, risque fort de se retrouver complètement perdu au bout de quelques heures de jeu, sans trop savoir quoi y faire. S’il choisit la facilité, et fonce tête baissée vers la fin du jeu, la prise du barrage Hoover, il risque fort de manquer les très nombreuses quêtes annexes qui font la qualité du jeu et de se heurter à un dénouement ingérable, étant insuffisamment préparé. Il faut donc se laisser porter par l’ambiance, prendre son temps, explorer un maximum et résoudre les quêtes rencontrées, d’une manière ou d’une autre…

A coté de cet aspect qui satisfera les vétérans du jeu de rôle, il faut malheureusement souligner un certain déséquilibre dans les combats. Si les compétences du personnage sont légion et font la part belle aux compétences non combattantes, il n’y a que peu de compétences martiales, et celles-ci sont assez facile à monter jusqu’à ce que le jeu devienne une promenade de santé, sans vrai challenge, avec des combats qu’on finira en dilettante sans trop y prêter attention. A noter que l’auto-leveling adopté pour Fallout 3 n’a pas été repris ici, et que les adversaires ont des niveaux différents selon les endroits que vous parcourez. Dommage qu’à partir de la mi-parcours du jeu, quasiment aucun d’entre eux ne présente un quelconque intérêt au niveau de la tactique de combat. Il aurait fallu placer quelques adversaires dignes de ce nom disséminés à des endroits clés du monde.

Tout cela aurait pu être également plus corsé si le mode hardcore implémenté dans le jeu était également mieux géré. Ledit mode, bonne idée à la base, se trouve quelque part neutralisé en raison de l’abondance des ressources disponibles dans le monde. Vous ne risquez pas de vous trouver en panne de nourriture, et l’eau, même irradiée, finit par se trouver aisément, le plus gros risque étant plus de devoir boire l’eau croupie et irradiée de quelques fonds de chiottes pour étancher votre soif. Quelque part, on regrette cette grande facilité de se soigner des irradiations, les ressources naturelles étant pour la plupart irradiées, ce qui aurait rendu le challenge un peu plus présent.

Au final, nous sommes en présence du jeu « bac à sable » parfait. Le fil scénaristique principal est mince, mais c’est au joueur de décider quelle sera la démarche à suivre. Quoi faire, qui aider, comment, et pour arriver à quel résultat, sachant qu’il n’y a pas de choix parfait, le jeu dressant un bilan des actes du joueur et de leur conséquences à la clôture de l’histoire.Si vous cherchez un jeu racontant avant tout une excellente histoire, vous risquez fort d’être déçu. C’est en effet les actes du joueur qui feront l’histoire, Obsidian, au final n’a fait que poser de décors, des factions avec chacunes des intérêts opposés et des quêtes qui leurs sont propres. Pris en tant que tel, Fallout New Vegas embarquera le joueur dans l’ambiance extraordinaire de ce monde dévasté, et celui-ci se fera plaisir en explorant les coins et les recoins de ce monde, afin de ne rien manquer des rencontres insolites et de la richesse de ses quêtes, soutenu par un environnement sonore de toute beauté et un doublage de bonne facture.

 

Fallout New Vegas / Bethesda / Obsidian / 2010

Notes

Graphismes et sons : 4/5
Moteur dépassé, mais visuels avec une véritable identité / bande son impeccable

Interface de combat : 4/5
…mais combats trop faciles

Scénario : 3/5
…mais mention spéciale sur les quêtes annexes, passionnantes

Jouabilité (fun) : 5/5