Neverwinter 2 Mask of Betrayer
Un an après sa sortie, le très sympathique Neverwinter Nights 2 se voit doté d’une première extension. Nommée Mask of the Betrayer (le Masque du Traître, pour ceux qui ont un contentieux avec Shakespeare), celle-ci entend renchérir sur ce qui s’était avéré être un des points forts du jeu, à savoir son excellente campagne solo. En s’appliquant au passage à en évincer les principales lourdeurs. Mission accomplie ?
En introduction à cet article, je ne saurais trop encourager les quelques retardataires qui n’ont pas jugé utile de finir la campagne principale de NwN2 d’aller s’y atteler sur le champ. Non seulement leur permettra de découvrir un scénario d’une richesse tout à fait recommandable, mais cela pourra leur éviter de se sentir déçus à la lecture des quelques très rares spoilers que peuvent contenir tant cet article que l’introduction de MotB. D’avance, merci.
Vous qui aspiriez au calme après avoir sauvé le royaume, vous allez en être pour vos frais. Après avoir repris votre personnage (ou en avoir créé un nouveau, profitant ainsi des nouvelles races extra-planaires ou des nouvelles classes, et avoir choisi sa progression jusqu’au niveau 18), vous vous éveillez dans un tertre, entouré de runes que vous ne comprenez pas. Près de vous, une magicienne rouge de Thay, venu vous libérer sur instructions, et en vous, un vide qui ne vous laisse aucun doute : on vous a arraché le fragment de Gith qui était en vous.
La suite des événements ne va faire que multiplier les questions qui se bousculent dans votre esprit. Assailli par des esprits qui vous considèrent comme une abomination, vous vous découvrez arrivé au Rashemen, à plusieurs milliers de lieux de l’endroit où vous aviez livré votre combat final. Et voilà déjà l’une des grandes richesses de cette extension : dix minutes de jeu, et beaucoup de réponses à obtenir : Qui est cette magicienne rouge ? Que faites-vous au Rashemen ? Pourquoi vous avoir arraché le fragment de Gith ? Et d’ailleurs, pourquoi vous avoir laissé en vie ? Petit à petit, le scénario va commencer à se mettre en place et à marcher sur les traces des thèmes abordés par des jeux comme Baldur’s Gate II. Et le simple fait de comprendre ce que sont le Traître et le Masque auxquels le titre fait référence risque déjà de vous occuper une bonne dizaine d’heures.
Voici donc la grande question posée : que vaut cette aventure, comparée à la campagne principale ? Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps : c’est, à tous points de vue, une excellente surprise. Non seulement la campagne est plus riche et encore bien plus passionnante que la campagne principale, faisant l’effort d’éviter les poncifs dans tous les domaines, mais surtout, on peut voir que les leçons ont bien été tirées pour corriger les faiblesses inhérentes à NwN2. Ainsi, l’histoire commence sur les chapeaux de roues, et au bout de deux ou trois heures de jeu, il vous sera déjà difficile de vous arracher au clavier, là où la première campagne ne prenait son essor qu’après une trop longue mise en place, vers la fin de l’acte 2. Le fait de jouer un personnage de haut niveau aura au moins le mérite de vous éviter les combats lents et mous du genou qui accompagnent les premiers pas d’un personnage. A noter d’ailleurs que les combats, s’ils sont plus rares (fini les donjons avec rien d’autre à faire que d’avancer en tapant), sont aussi beaucoup plus corsés. Rien d’insurmontable pour tous ceux qui auront maîtrisé le combat final de NwN2, mais mieux vaut être préparé en permanence, surtout au début de l’aventure, lorsque votre équipe est réduite. En parlant de vos compagnons, loin des clichés un peu éculés de la première campagne (le nain grognon, l’elfe qui aime la nature… Dieu merci, ils se complexifiaient avec le temps), ceux qui auront l’occasion de se battre à vos côtés sont d’emblée beaucoup plus complexes, certains ayant manifestement plus d’accointance avec des jeux comme Planescape Torment au niveau de leur histoire personnelle. C’est véritablement rafraîchissant et cela démontre tout le soin apporté à cette extension en terme de contenu narratif. Dans le même ordre d’idées, lors des écrans de chargement (hélas toujours trop nombreux), le jeu vous délivrera souvent des descriptions des lieux ou de ce que ressent votre personnage au lieu des astuces habituelles sur l’interface. Bref, tout est fait pour vous intégrer dans cet univers, et c’est tant mieux.
Un mot enfin sur l’interface. Depuis le patch 1.7, les possesseurs de NwN2 ont déjà pu s’essayer au nouveau système de caméra. Il a l’avantage d’être clair et assez bien conçu, même si le mode personnage (qui vous permet d’évoluer avec une vue à la troisième personne, façon Oblivion) est finalement assez peu pratique et assez inutile. Pour le reste, c’est du tout bon : les textures ont pris un coup de jeune, et le tout a été optimisé pour tourner un peu plus vite. Visuellement, l’univers a beaucoup de charme, avec la ville de Mulsantir et son architecture d’inspiration scandinave, où le plan des ombres qui s’affiche dans un noir & blanc rapidement oppressant. Un dépoussiérage très bien fait qui redonne un coup de jeune au jeu.
En un mot comme en cent, Mask of the Betrayer remplit parfaitement son office et vous offre une campagne longue (une vingtaine d’heures au bas mot) et particulièrement enthousiasmante, riche en dilemnes moraux avec de véritables conséquences sur le développement de votre personnage, le tout pour moins de trente euros. Ceux qui se sont définitivement déclarés hermétiques au système de jeu de NwN2 auront de quoi hésiter à réviser leur point de vue, tous les autres peuvent aller se jeter sur Mask of the Betrayer les yeux fermés. Elle est pas belle la vie ?
Interface : 4/5
Les petits gars d’Obsidian ont su tirer leurs leçons, et l’interface en ressort grandie. Tout n’est pas encore parfait, et on ne peut que regretter l’inutilité pratique de la vue à la troisième personne, mais pas de quoi se sentir perdu. Et vu le nombre affolant de critères que l’on a à gérer, c’est déjà une performance.
Réalisation : 4/5
Pas de véritable bouleversement, mais un soin inhabituel pour une extension. Le jeu est plus beau sans être plus gourmand (il tourne même sérieusement mieux). Hélas, les miracles ont leurs limites, et la protection Safedisc est toujours là pour vous dérober bêtement des ressources processeur.
Scénario : 5/5
Très loin des vagues tentatives des extensions de NwN premier du nom, le scénario de MotB est une vraie claque, et son principal point fort. On aurait aimé qu’il dure cinquante ou soixante heures, mais on ne peut que jalouser ceux qui ne se lanceront dans Neverwinter Nights 2 que maintenant, et qui pourront découvrir à la suite les deux aventures.
Jouabilité : 4/5
C’est beau, c’est long, c’est passionnant, c’est excellemment bien fait et c’est de toute façon beaucoup plus que ce qu’on était en droit d’attendre d’une extension. Reste quelques faiblesses propres à NwN 2 (comme ces zones trop petites qui morcellent le jeu), mais très franchement, pour un jeu de rôles de cette qualité, je signe tous les jours. Un régal.
Neverwinter 2 : Mask of the Betrayer/Obsidian / 2007


