Je vous parle d’un temps que les moins de dix ans ne peuvent pas connaître… Oui, tout va très vite en informatique. A cette époque lointaine, le terme « MMORPG » n’évoquait rien à personne, le monde de Warcraft n’était connu que pour ses itérations stratégiques, et l’on rencontrait parfois, accoudé à un bar, un de ces vétérans informatiques qui vous parlait d’un certain Ultima Online

Il existait déjà à cette époque un projet fou qui consistait à transformer ce monument que constitue l’oeuvre de J.R.R. Tolkien en un jeu de rôle où des milliers de joueurs incarneraient des orques, des humains ou des hobbits parcourant la Terre du Milieu à l’aube du quatrième âge. Ce projet s’appelait alors Middle Earth Online, et faisait preuve d’une ambition très prometteuse… trop pour les développeurs d’alors, encore très méfiants face au concept de jeu massivement multijoueurs. Le projet fut donc purement et simplement annulé, à la consternation générale d’une communauté de fans qui en attendait beaucoup. Il fallut donc se faire à cette idée : un jeu massivement multijoueurs dans l’univers du Seigneur des Anneaux ne verrait jamais le jour.

Le Seigneur des Anneaux OnlineDepuis lors, la trilogie d’un certain Peter Jackson et le succès d’un titre de Blizzard Entertainment que je ne nommerai pas afin d’éviter de vous agacer en enfonçant des portes ouvertes ont considérablement changé la donne. Et voici comment on se trouve aujourd’hui devant un jeu au titre aussi simple qu’évocateur : Le Seigneur des Anneaux Online (que je qualifierais dorénavant par l’acronyme LSDAO afin de ne pas rallonger artificiellement un article qui n’a mis que trop de temps à démarrer)

LSDAO commence donc, comme n’importe quel jeu de rôle qui se respecte, par une création de personnage on ne peut plus classique. Race, classe, sexe et apparence, tout cela est laissé à votre discrétion, néanmoins les joueurs les plus aguerris observeront déjà trois choses. La première, plutôt dommageable au premier abord, est qu’il ne vous sera pas permis d’incarner un orque, un troll, un Ourouk-Hai ou n’importe quel forme de race maléfique. Autant vous y faire : vous êtes dans le camp des bons. La deuxième, c’est que  les classes disponibles, derrière des noms inhabituels (gardien, érudit…), cachent des principes qui le sont moins (en gros : le tank, le mage, le voleur…). La dernière, plus subjective, est que les personnages ne sont pas fantastiquement modélisés. Qu’importe, sachons vivre et lançons-nous à l’aventure.

Le Seigneur des Anneaux OnlineNous voici donc pris en main lors d’une introduction qui sert également de didacticiel. Différente selon votre race, elle a le mérite de vous apprendre à la fois les touches, les principes de jeu, et surtout ce qui constitue certainement la meilleure surprise du jeu :  l’existence d’une quête principale. Oui, ami lecteur, l’aventure de la communauté et l’émergence d’Angmar, tu vas y participer. Comment ? Principalement par le biais d’instances, c’est-à-dire des missions qui prendront place dans des lieux qui n’existeront que pour le personnage et son groupe. Emprunté à Guild Wars, ce procédé à priori anodin a la force d’apporter au jeu ce qui manque à la plupart des MMORPGs : une épaisseur, et surtout, un but. Accompagner Aragorn en mission avant son départ de Bree, faire un rapport à Gandalf ou à Radagast, échapper aux Nazguls, voir même suivre Tom Bombadil jusqu’aux Galgals, tout cela pourra se produire et le moins qu’on puisse dire, c’est que cela constitue un plus formidable, particulièrement pour les fans du livre.

L’une des premières choses que remarquera d’ailleurs le joueur au moment de se lancer à l’aventure, c’est l’extrême scénarisation du jeu. Les neuf dixièmes de l’expérience gagnée le sont en accomplissant des quêtes, nombreuses, et j’aurais aimé dire variées. Dans les fait, ne vous leurrez pas : 95% des quêtes consisteront à aller tuer un monstre ou à trouver un objet. Malgré cela, outre certaines quêtes originales, le fait que tout cela se situe dans un univers si familier et si riche vient donner au jeu un petit air de « tiens, je serais curieux d’en voir plus » qui a su retenir un joueur comme moi, un de ceux qui estimait avoir fait le tour de World of Warcraft au bout d’un mois avant d’aller le ranger sur une étagère où il joue encore aujourd’hui son rôle de ramasse-poussière avec une efficacité non négligeable.

Le Seigneur des Anneaux OnlineCôté réalisation, quid de la ballade en Terre du Milieu ? Hé bien en dehors des personnages que j’ai déjà évoqués, les décors alternent le bon et le moins bon. Techniquement d’abord, les arbres ou les effets de verdures ont du mal à soutenir la comparaison avec un Oblivion ou un Gothic III. L’eau, en revanche, est magnifique. Quant à l’esthétique des lieux, on se trouve parfois devant des zones très vides qui rendent les (longues) marches du jeu assez fastidieuses, tandis que d’autres régions semblent incroyablement vivantes. A ce titre, les promenades dans la Comté ou le pays de Bouc sont de véritables bols d’air. Dans l’ensemble, le jeu est plutôt plaisant, suffisamment en tous cas pour qu’on se surprenne parfois à contempler la vue au sommet d’une colline.

Je pourrais encore en dire beaucoup, mais j’admire déjà votre patience pour m’avoir lu jusqu’ici. Je vais donc entrer dans des considérations un peu plus précises sur le système de jeu en lui-même. Tout d’abord, le système de combat ne devrait pas trop surprendre tout ceux qui ont eu l’occasion de jouer à World of Warcraft. Des compétences rechargeables, rien de très nouveau. Si vous y êtes hermétiques, n’attendez pas de réconciliation. Ensuite, pour le moment, le jeu ne vous autorise qu’à parcourir l’Eriador. Oubliez le Rohan, le Mordor, le Gondor ou même la Forêt Noire. Pour ceux que cela chagrinerait, il est bon de préciser que sous cette forme, le jeu est déjà gigantesque. Mieux, au gré des mises à jour, il est prévu que les développeurs ajoutent de nouvelles régions. Au moment où j’écris ces lignes, le lac d’Evendim s’est déjà vu ajouter à la carte de base, avec des dizaines de nouvelles quêtes et surtout un level design très soigneux qui encouragent à l’optimisme pour la suite. On parle déjà d’une région supplémentaire cet automne, on avance même les Havres gris, mais là-dessus rien n’est officiel, et il n’y a aucun engagement formel. Malgré tout, l’équipe a été à l’écoute de la communauté jusqu’à présent, et jusqu’ici tous les choix de développement qui ont été fait sont apparus tout à fait judicieux.

Le Seigneur des Anneaux OnlineJe vais également parler brièvement d’une caractéristique qui m’apparaît moins intéressante, et que l’on nomme le monster-play. Pour faire vite : je vous ai menti tout à l’heure, on peut bel et bien incarner un monstre, mais n’attendez ni quête ni scénario spécifique, l’expérience se limite à contrôler une créature niveau 50 pour lui faire affronter des personnages humains de haut niveau. L’évolution étant extrêmement limitée (on peut débloquer de nouveaux équipements pour son monstre et pas grand-chose de plus), la chose se limite à un défouloir qui ne déplace pas les foules.

Pour terminer enfin cette présentation que j’essaie de rendre aussi exhaustive que possible : un mot sur les serveurs français. Pour le moment, ils ne sont que deux : un serveur normal et un serveur « jeu de rôle » où les joueurs sont priés de faire un effort pour jouer le jeu. De ce côté la surprise est plutôt bonne : très peu de joueurs… disons « limités intellectuellement », et s’exprimant uniquement en sms, et beaucoup de joueurs impliqués, jouant leurs personnages et véritablement entreprenants.  On dit que l’on a le public que l’on mérite, et en l’état la communauté de joueurs parvient encore à nous montrer que le terme « jeu de rôle » n’est pas tout à fait mort.

Réalisation : 3,5/5

Recréer les grands espaces et l’ambiance de la Terre du Milieu était un défi particulièrement corsé que l’équipe de Turbine a plutôt bien relevé. Les personnages, curieusement modélisés, s’en tirent un peu moins bien, mais le tout a l’avantage de pouvoir tourner correctement sur une configuration vieille de plus d’un an, ce qui n’est pas vraiment la tendance du jeu de rôle à l’heure actuelle

Interface : 3,5/5

Enormément de possibilités, notamment en terme de communication, où la présence d’un micro est gérée. On peut rapidement succomber sous le nombre d’informations, mais il faut reconnaître que l’on est très bien pris en main. Un passage par le manuel du jeu reste néanmoins recommandé histoire de lever le voile sur deux ou trois fonctions un peu plus obscures.

Scénario :4/5

Cette catégorie n’aurait même pas existé pour la plupart des autres MMORPGs. C’est certainement l’élément le plus séduisant du jeu : la profondeur que l’on peut trouver dans cette Terre du Milieu, les centaines de quêtes données par des personnages crédibles, et surtout une quête principale avec un caractère épique auquel les jeux Online ne nous avaient pas habitués. Une voie que l’on espère voir se développer dans ce type de jeu à l’avenir, car cela leur apporte ce qui leur manquait le plus : une âme. Dommage que les objectifs de quêtes en eux-mêmes fassent preuve d’un saisissant manque de variété.

Jouabilité :4/5

Le Seigneur des Anneaux Online n’est certainement pas un bouleversement majeur, mais c’est sans aucun doute une agréable surprise pour tous ceux qui attendaient un jeu de rôle valable dans l’univers de Tolkien. Le suivi du jeu et son développement par le biais des mises à jour semblent pour le moment très prometteurs. Voilà qui peut constituer une très bonne introduction au MMORPG. Cela va-t-il pour autant réconcilier les réfractaires avec le principe du jeu Online ? On peut en douter, mais une chose est sure : LSDAO a pris la bonne direction, et c’est déjà beaucoup.

Le Seigneur des Anneaux Online / Turbine / Codemasters / 2007